Les réformes

 

 

Les coupes sombres

 

La société évolue, le système éducatif également. Des réformes sont donc nécessaires.

Mais alors que les classes de plus de 30 élèves se sont généralisées, on a supprimé des postes d'enseignants et de surveillants par dizaines de milliers pendant plusieurs années, avec pour unique objectif la gestion comptable.

Les recrutements récents n'ont pas compensé toutes ces suppressions.

 

Malgré toute la bonne volonté des professeurs, la qualité de l'enseignement va continuer à se dégrader,

alors que les réformes devraient justement l'améliorer.

Conséquence de cette dégradation, les élèves en difficulté seront beaucoup plus nombreux.

 

 

 

L'évolution des programmes

 

Aux conséquences de la gestion comptable, il faut ajouter celles de la réforme des programmes.

Entouré de ses conseillers défendant chacun son lobby, tout ministre veut sa réforme.

Un conseiller proposera plus de sport, l'autre moins de français…

Un autre encore, qui aura travaillé sur un projet tout au long de sa carrière, proposera au ministre d'inclure ce passionnant sujet dans le programme du collège.

 

C'est ainsi que depuis l'année scolaire 2008/2009, on a introduit les probabilités en troisième, au détriment des vecteurs, qui ne seront abordés qu'en seconde. En 3ème, le professeur de physique doit désormais se passer des vecteurs pour expliquer les forces !

 

Mais les translations sont revenues au cours de l'année scolaire 2016/2017, en se gardant bien de prononcer le mot "vecteur". C'est un peu comme si on étudiait le moteur diesel en évitant absolument de prononcer le mot "gazole".

 

Avec la réforme du collège, des chapitres essentiels ont disparu du programme de 3ème en 2016/2017.

La liste est impressionnante : le PGCD, les identités remarquables, les racines carrées, les systèmes d'équations à 2 inconnues, l'angle au centre, les polygones réguliers…

Ces chapitres étaient indispensables pour aborder sereinement la seconde. On les a supprimés !

 

Les formules que l'on devait apprendre par cœur sont soit données dans l'énoncé du Brevet, soit carrément rayées du programme. De plus, on donne la réponse dans la question !

On ne demande plus : "calculer la longueur AB", mais : "démontrer que le segment [AB] mesure 5 mètres ".

Au Brevet 2018, on pouvait lire ceci dans l'énoncé :

 

Rappels :

- volume d’une boule de rayon R : V=4/3 πR3                                                          

- volume d’un cylindre de rayon r et de hauteur h : V=πr2h

 

Un de mes élèves a demandé au surveillant si on n'avait pas distribué par erreur les corrigés à la place des sujets !

C'est carrément une incitation à la paresse.

Dans ces conditions, aucun professeur de collège ne pourra convaincre ses élèves de travailler.

C'est le nivellement par le bas, on a fait de la classe de 3ème un CM2 amélioré.

 

 

Les activités de découverte

 

Hautement recommandées par la hiérarchie, et très prisées par une nouvelle génération de professeurs, les fameuses activités de découverte prennent chaque année plus d'importance.

 

Le principe est simple. On propose aux élèves des exercices en rapport avec une leçon qui n'a pas encore été étudiée.

Certains professeurs se permettent même de noter ces exercices.

 

On va par exemple faire en sorte que les élèves découvrent par eux-mêmes le théorème de Pythagore.

Officiellement, les têtes pensantes de l'Education Nationale prétendent que si l'élève découvre un théorème, il le retiendra mieux que si le professeur le lui a enseigné.

Cette méthode anti-bachotage transformerait nos adolescents passionnés de jeux vidéo, en passionnés de mathématiques.

 

Malheureusement, je sais par expérience que la réalité est bien différente. Les deux premiers de la classe vont réussir l'épreuve, en tournant la page du livre pour y étudier la leçon que le professeur n'a pas faite, et ne fera peut-être jamais.

 

Les meilleurs copains de ces deux élèves n'auront plus qu'à recopier sans comprendre, pour rendre un devoir impeccable.

 

Les moins chanceux vont essayer de trouver la solution, pour en sortir un résultat approximatif, ou carrément faux.

 

Quant aux plus paresseux, ils ne feront rien, ou si le professeur est très strict, ils vont griffonner n'importe quoi pour donner l'illusion d'avoir travaillé.

 

La correction des activités de découverte se fait en classe.

Le professeur désigne l'un des meilleurs élèves qui fera la correction au tableau.

Une fois cette correction effectuée, beaucoup de professeurs considèrent que la leçon est terminée.

C'est donc l'élève qui a fait le cours à la place de l'enseignant !

 

Bilan de l'opération : les activités de découverte profitent aux meilleurs élèves.

Ceux qui ont cherché et rendu quelque chose d'approximatif retiendront plus facilement leurs erreurs que le contenu de la leçon. Quant aux autres, il n'en restera rien.

 

Dans le pire des cas, j'ai vu certains professeurs poser des activités de découverte, sans jamais les corriger, ni faire la leçon prévue.

Heureusement, j'ai constaté par ailleurs que les plus consciencieux de mes confrères utilisent les activités de découverte à petite dose, et que pour eux, ces activités servent uniquement à introduire un véritable cours, suivi d'exercices d'application. Mais cet avis est loin de faire l'unanimité…

 

 

Le logiciel Scratch

 

Scratch est la grande nouveauté de l'année scolaire 2016/2017.

Voici ce que l'on peut lire dans la présentation du logiciel :

"Scratch repose sur une approche ludique de l’algorithmique, pour les aider à créer, à raisonner et à coopérer.

Il favorise également leur partage sur le Web"

 

Les décideurs ont pensé que, habitués à avoir les yeux rivés sur les écrans jour et nuit, nos élèves vont forcément aimer les maths grâce au logiciel Scratch. Le retour que j'ai eu par mes élèves m'a prouvé le contraire.

Pour eux, ce logiciel est une contrainte, qui a la faculté de compliquer les choses simples.

 

Et là encore, on demande aux élèves de découvrir Scratch par eux-mêmes, sans vraiment les accompagner, toujours avec la fameuse méthode des activités de découverte.

 

Il aurait été préférable de faire un véritable cours sur le tableur, qui est abordé trop rapidement, ou même pas du tout dans certains collèges, alors qu'il figure au programme du Brevet depuis plusieurs années.

 

 

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